Et si ton premier amour était aussi celui dont tu n’aurais jamais imaginé devoir faire le deuil ?
Avec La vie est un jeu, Camille Piantanida revient sur son adolescence toulousaine, son histoire d’amour avec Fred et le drame qui allait bouleverser leur destin : l’explosion de l’usine AZF, le 21 septembre 2001.
Entre témoignage, autobiographie et roman, ce court récit de 144 pages publié aux éditions Privat raconte autant une histoire d’amour adolescente qu’une catastrophe industrielle qui a profondément marqué Toulouse et toute sa région.
Mais ce livre parle surtout de ce que l’on devient lorsque la vie nous oblige brutalement à grandir.

Résumé de La vie est un jeu
Nous sommes à Toulouse en 1997. Camille a 15 ans lorsqu’elle tombe amoureuse de Fred.
C’est l’âge des premiers émois amoureux, des copains, des jeux de rôle, des rêves et des projets que l’on imagine déjà pour l’avenir. Une adolescence pleine d’insouciance, avec cette sensation que le temps nous appartient et que l’on aura toute la vie devant soi.
Mais à Toulouse, une ombre plane sur cette histoire : l’usine AZF.
Le 21 septembre 2001, l’usine explose. Le souffle ravage une partie de la ville, fait 21 victimes et traumatise durablement des milliers de personnes. Fred, qui travaille sur le site, fait partie des victimes de la catastrophe.
À travers les souvenirs de leur histoire, Camille Piantanida raconte alors ce que signifie perdre son premier amour dans des circonstances aussi brutales.
Le livre revient sur leur rencontre, leurs moments partagés, leurs amis, leurs jeux de rôle et leurs rêves d’avenir, mais aussi sur le vide laissé par la disparition de Fred.
Ce n’est donc pas uniquement un récit sur AZF. C’est avant tout l’histoire d’un amour, d’une adolescence et d’une vie qui aurait dû continuer autrement.
« La vie sera plus dure sans lui mais elle aurait été bien moins belle si on le l’avait pas connu. »
Mon avis de lecteur sur La vie est un jeu
Je ne m’attendais pas à être autant replongée dans mes propres souvenirs de Toulouse en lisant ce livre.
J’ai à peu près 2 ans d’écart avec Camille Piantanida et, même si nos parcours ne sont évidemment pas les mêmes, certaines sensations de cette époque me sont revenues comme si c’était hier.
Le 21 septembre 2001, j’étais en Terminale à Muret, à environ 17 km de Toulouse. Je me souviens du souffle de l’explosion. Des murs qui ont tremblé, des fenêtres de la salle de classe qui se sont fermées toutes seules. De la peur qui monte face au silence des adultes et dont les yeux cherchent aussi des réponses.
Et surtout de cette période si particulière : les attentats du 11 septembre avaient eu lieu seulement 10 jours auparavant et, sans les smartphones et les réseaux sociaux que nous connaissons aujourd’hui, nous étions dans l’attente.
Alors forcément, la lecture de La vie est un jeu a fait remonter des souvenirs.
Ce qui m’a particulièrement touchée, c’est la pudeur avec laquelle Camille Piantanida raconte l’impensable.
Il aurait été facile de faire de l’explosion d’AZF le sujet principal du livre, de revenir sur les faits, le bilan humain, les dégâts et le traumatisme collectif.
Mais ce n’est pas vraiment ce que fait l’autrice.
Elle raconte le drame à travers l’histoire intime de deux jeunes gens qui étaient simplement en train de vivre leur vie. Et c’est précisément ce décalage qui rend le récit si poignant. L’horreur de la catastrophe contraste avec les préoccupations adolescentes des premières pages : aimer, jouer, rire avec ses amis, imaginer son avenir. Cette insouciance rend l’explosion encore plus brutale.
En lisant ce récit, j’ai eu le sentiment que nous avions tous, à cette époque, basculé un peu trop vite dans l’âge adulte. Pour ma génération, le début des années 2000 a été marqué par une succession d’événements violents qui nous ont rappelé que le monde pouvait basculer en quelques secondes.
Le passage qui m’a le plus bouleversée ?
Il y a notamment un moment où Camille fait, en quelque sorte, l’inventaire de tout ce que Fred ne connaîtra jamais. Tout ce qui s’est passé pendant les 25 années qui ont suivi sa disparition. Les évolutions du monde, les événements, les changements de société, toutes ces petites et grandes choses qui constituent une vie. J’ai trouvé ce passage particulièrement vertigineux parce qu’il donne une dimension très concrète à l’absence : Fred n’est pas seulement absent de la vie de Camille. Il est absent de tout ce qui s’est construit depuis et qui sont aujourd’hui nos repères temporels !!!


A qui je recommande ce livre ?
Je recommande particulièrement ce livre aux Toulousains et aux habitants de la région qui ont vécu, directement ou indirectement, l’explosion d’AZF.
Pour celles et ceux qui ont encore le cœur qui se serre chaque 21 septembre, certains passages risquent forcément de résonner très fort.
Mais je le recommande aussi à celles et ceux qui aiment les récits inspirés de faits réels, les histoires d’amour, les témoignages intimes et les romans courts qui laissent une trace.
Et je pense qu’il peut également trouver son public auprès des adolescents et jeunes adultes. Le récit est court (144 pages), l’écriture est fluide et l’histoire permet d’aborder la question du temps, de la fragilité de la vie et de l’importance de profiter du présent. Il aborde toutefois des sujets difficiles, notamment la mort, le deuil et une catastrophe industrielle.
Les citations qui m'ont marquée
« C’est à ce moment-là que j’ai basculé. Il n’y avait plus personne au bout de mon fil d’équilibriste. »
« Il ne faut pas saloper son deuil. Prendre le temps d’avoir mal pour aller beaucoup mieux après. »
« C’était décidé, j’allais pâtisser la nouvelle couche du gâteau de ma vie. Il y aurait certainement une épaisseur ratée et amère, mais je saurais la couvrir de croustillant et de moelleux. En avant ! »
« Quand je raconte cette histoire à mes trois enfants , qui sont les trois strates croustillantes les plus réussies de mon gâteau, ils prennent une mine affligée de circonstance. Mais ils me chuchotent ensuite que « Maman, on sait que Fred était quelqu’un d’important, mais sans l’explosion d’AZF, tu n’aurais pas connu Papa, et on n’existerait pas. »
« Je construis désormais ma vie en riant et en faisant des doubles-six, pourvu que ça dure. »

Faut-il lire La vie est un jeu ?
Oui, si tu es prêt à lire une histoire bouleversante sans que le drame soit jamais transformé en drama.
C’est précisément ce que j’ai apprécié dans ce récit.
La vie est un jeu n’est pas seulement un livre sur AZF.
C’est le récit d’un premier amour interrompu brutalement, mais aussi une réflexion sur tout ce que nous croyons avoir le temps de vivre.
Pour moi, c’est un livre particulièrement fort pour les Toulousains qui ont vécu cette catastrophe, mais aussi un récit universel sur la jeunesse, le deuil et la nécessité de vivre pleinement tant que nous le pouvons.
Parce qu’au fond, nous ne savons jamais combien de temps il nous reste.
Et peut-être que c’est justement cela que Camille Piantanida voulait nous rappeler.
J’ai refermé ce livre avec une sensation étrange : celle d’avoir rencontré Camille et Fred pendant quelques pages, mais aussi celle d’avoir retrouvé une petite partie de Toulouse de ma propre adolescence.
C’est un récit forcément douloureux, mais qui n’est pas uniquement tourné vers la tragédie.
Il parle aussi d’amour, de jeunesse, d’innocence, de résilience et de cette nécessité de continuer à faire vivre ceux qui nous ont quittés.
Et si Fred peut un jour voir ce témoignage, je me dis qu’il doit en être très fier !
Ma note : 18/20
Envie de te laisser tenter par cette lecture ?
Clique ici pour acheter La vie est un jeu !
Foire aux questions
- le premier amour,
- l’adolescence,
- l’amitié,
- le deuil
- les jeux de rôles
Le récit interroge également la fragilité de la vie et la manière dont on continue à avancer après la perte d’un proche.
L’histoire se déroule principalement à Toulouse et dans son environnement proche.
Oui, le récit s’appuie directement sur l’histoire personnelle de Camille Piantanida et de Fred. L’éditeur présente le livre comme un récit situé entre témoignage, autobiographie et roman.
Il ne s’agit donc pas d’un simple roman de fiction inspiré de la catastrophe : le récit est profondément ancré dans l’expérience vécue de l’autrice.
Oui, absolument.
Bien connaître l’histoire de l’explosion d’AZF n’est pas nécessaire pour comprendre le livre.
La catastrophe constitue le point de bascule de l’histoire, mais le récit est avant tout centré sur Camille, Fred, leur relation et les conséquences intimes de cette disparition.
En revanche, pour les Toulousains qui ont vécu cette journée du 21 septembre 2001, la lecture peut prendre une dimension supplémentaire : certains lieux, souvenirs et sensations peuvent réveiller une mémoire collective particulièrement forte.